La CIA s’inscrit dans l’exceptionnalisme américain, qui voit les États-Unis comme porteurs d’un modèle politique destiné à être exporté. Historiquement construits en anti-Europe, les Américains renoncent après 1945 à l’isolationnisme pour « régénérer » le monde à leur image. La Guerre froide impose la création d’un service de renseignement permanent, pensé de manière particulièrement réfléchie. Malgré ses dérives, la CIA agit toujours au service d’un projet global de «wilsonisme botté», un idéalisme démocratique assumant la force.
Sébastien-Yves LAURENT, Professeur en Sciences politiques, Sciences Po St Germain en Laye, spécialiste du renseignement et de la sécurité.
La conférence présente les principaux enjeux du renseignement et de la sécurité dans les relations internationales contemporaines. Elle montre comment le renseignement s’est imposé comme un instrument central de compréhension, d’anticipation et d’action dans un monde marqué par l’émergence de menaces de plus en plus complexes et dresse les grandes lignes des thématiques qui seront approfondies ensuite offrant ainsi un cadre conceptuel et stratégique permettant de situer chacune des conférences suivantes dans une réflexion d’ensemble.
Olivier FORCADE, Professeur de Relations internationales, Sorbonne Université
Le renseignement a profondément influencé la conduite de la politique internationale du XXe au XXIe siècle. Ainsi les services secrets, en fournissant informations, alertes et analyses, ont modelé les décisions diplomatiques et stratégiques dans un monde traversé par guerres, décolonisation, blocs idéologiques puis globalisation. On mettra également en lumière les limites, erreurs et biais qui peuvent affecter la décision politique et on soulignera le rôle croissant, d’un siècle à l’autre, du renseignement dans un environnement marqué par l’accélération technologique, la multiplication des acteurs et des crises internationales de plus en plus complexes.
Général (2S) Bastian DUFILHOL, Ex chef des opérations de Paris, Professeur à l’ESCP
La « crise permanente » serait-elle devenue le cadre normal de l’action stratégique contemporaine. ? La multiplication des conflits hybrides, des tensions géopolitiques et des ruptures technologiques bouleverse les repères traditionnels.
Le rôle du renseignement est central pour anticiper, comprendre et gérer ces situations mouvantes. De même, sont nécessaires les transformations des méthodes et des organisations pour faire face à un environnement où l’instabilité devient la règle.
Sébastien-Yves LAURENT, Professeur en Sciences politiques, Sciences Po St Germain en Laye, spécialiste du renseignement et de la sécurité
Le cyberespace est devenu un terrain de compétition stratégique entre États, entreprises et acteurs non étatiques. S’y entremêlent rivalités, affrontements invisibles et interdépendances techniques ou économiques créant des formes nouvelles de conflictualité — cyberattaques, espionnage, opérations d’influence — ainsi que des mécanismes de coopération indispensables à la stabilité numérique mondiale. Aujourd’hui, le système cyber international est structuré par les enjeux de gouvernance, de souveraineté et de sécurité.
Pierre DE BOUSQUET, Préfet de région honoraire, ancien coordonnateur national du Renseignement et de la lutte antiterroriste.
Phénomène ancien mais sporadique dans notre pays, le terrorisme a prospéré ces dernières décennies jusqu’à devenir la première préoccupation de sécurité de nos autorités pour ce premier quart du XXIe siècle.
En mutation permanente, dans ses objets comme dans ses modalités, que représente aujourd’hui la menace terroriste et comment lutter contre elle sans aliéner nos libertés ?
Jean-François Gayraud, Commissaire général de la police nationale, directeur de l’Académie du renseignement et auteur de livres sur la géopolitique du crime.
Le crime organisé est devenu un véritable sujet de sécurité nationale car ces phénomènes criminels ne fonctionnent plus à la marge des sociétés contemporaines mais se développent désormais en leur coeur, en perturbant le fonctionnement des marchés économiques et financiers et des institutions démocratiques. La France sort lentement de son déni sur le sujet et se retrouve face à une situation devenue presque ingérable. Il existe une « troisième dimension » essentielle pour comprendre le développement et l’enracinement des grandes organisations criminelles: à côté de la violence et de l’argent, il y a le silence.
Michel Guerin, inspecteur général honoraire de la Police nationale, nombreuses fonctions de direction dans les services de renseignements, notamment à la DCRI, la DST et à la DGSI
Après une évocation rapide du cycle du renseignement et quelques précisions terminologiques, l’exposé abordera les manières d’obtenir l’information et l’organisation pour l’acquérir à l’étranger à travers le rôle des réseaux légaux et illégaux. Un focus sera fait sur le recrutement des sources humaines et la présentation de quelques cas célèbres.
Sébastien-Yves LAURENT, Professeur en Sciences politiques, Sciences Po St Germain en Laye, spécialiste du renseignement et de la sécurité.
Quelle est la capacité des services de renseignement à agir dans un contexte marqué par des crises géopolitiques, technologiques et sociétales en constante accélération ? Quelles sont les limites des outils traditionnels face à la complexité des menaces actuelles, qu’elles soient étatiques, terroristes, cyber ou hybrides. L’intervention explore également les nécessaires adaptations organisationnelles, stratégiques et partenariales du renseignement contemporain. Enfin, elle met en lumière la place du renseignement dans la gestion des « désordres mondiaux » et dans la prise de décision publique.